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  • Le tyran

    "Je sais aussi que la terreur que je vous inspire est telle que même après ma mort vous ne retrouverez le sommeil ni le goût de vivre. (...) Vous avez beau m'enterrer au plus profond de la terre, faire couler sur moi d'infinies laves de béton, m'incinérer et disperser mes cendres aux quatre coins du globe, ou me faire découper en rondelles, je reviendrai hanter vos nuits."

    Rachid Mimouni, une peine à vivre

     

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    Mon village natal est surplombé par une colline qui porte le nom d'Azrou Hammar (rocher de hammar). On raconte que ce Hammar fut un tyran qui martyrisait les habitants de la région. Ceux-ci décidèrent de s'en débarrasser.

    Un d'entre eux se proposa de le faire à condition qu'on s'occupa de sa famille après sa mort. Il emmena Hammar sur la colline en le portant sur son dos, et il se précipita dans le vide avec lui. Depuis lors, cette colline porte le nom du tyran Hammar.

     

    J'ai toujours été intrigué par le fait que les habitants n'ont pas retenu le nom de l'homme qui sauva mes ancêtres mais celui du tyran.

    Dans la plupart des villes de notre planète, même dans les pays démocratiques, des avenues et des places portent le nom de tyrans sanguinaires. On leur érige des monuments, de longues pages des livres d'histoire leur sont consacrées.

    Les tyrans exercent sur la mémoire collective et individuelle une sorte de fascination, mélange cruel de dégoût, de haine et de séduction perverse.

    D'où vient cette fascination morbide ?

     

    © Saïd Bailal

  • Les limites de la démocratie

    "les Anglais croient qu'ils sont libres parce qu'ils élisent des représentants tous les cinq ans mais ils ne sont libres qu'un jour tous les cinq ans : le jour de l'élection."     Rousseau.  

     

     

    Certaines mesures gouvernementales ont des incidences énormes sur la vie quotidienne des citoyens. Elles modifient leur présent et leur futur en profondeur. Dans une démocratie, de telles mesures doivent être prises en concertation avec les gens concernées sinon la démocratie perd son âme et devient une coquille vide et un simple slogan.

     

    Par exemple, les décisions concernant l’orientation de la recherche scientifique et l’innovation technologique sont prises en dehors de toute concertation. Or ces décisions bouleversent de manière parfois irréversible non seulement le présent mais aussi l’avenir des citoyens et de la planète. Ces décisions sont prises par des experts qui ne tirent leur légitimité que de leur expertise et non du peuple. Ce qui est en contradiction avec le fondement même d’une démocratie où c’est la légitimité populaire qui doit être au fondement des décisions d’ordre publique. Certes on assiste parfois à des débats autour de certaines décisions comme le nucléaire, les OGM ou l’écologie mais ces débats sont menés à posteriori, et ces débats n’influent guère sur les décisions en matière de recherche scientifique.

     

    Par ailleurs, ces dernières années, les gouvernements en France ont pris plusieurs mesures importantes contre l’avis des citoyens concernés, réforme des retraites, réforme du régime des intermittents, CPE, etc. Mais malgré les luttes menées contre ces mesures, les grèves, les manifestations massives, les gouvernements n’ont pas remis en cause leurs décisions.

     

    La démocratie se réduit de plus en plus à mettre périodiquement un bulletin dans les urnes. Bulletin que les gouvernants utilisent comme alibi pour justifier leur surdité au bruit de la rue, "ce n’est pas la rue qui gouverne » disent-ils. Mais qui doit gouverner alors, le palais ? les experts ?