23.01.2008

Ceux qui refusent de marcher en file indienne

15:20 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : litterature, poesie, société, politique

17.10.2006

Le conte des 1001 ennuis

22:10 Publié dans l'Autre, poésie | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : litterature, société, politique, poesie, islam

10.04.2006

L'Orient et la beauté

La beauté est une rencontre.

François Cheng

 

Il y a quelques siècles vivait dans le désert d'Arabie, un grand poète nommé Jamil. Il tomba amoureux de sa cousine Boussaïna. Il en fut tellement épris qu’il écrivit de très beaux poèmes, chantant la beauté de sa bien aimée, comparant l’éclat de sa chevelure au beau ciel d’une nuit d’Arabie, décrivant l’étincelle de son regard qui rendait jalouse la lumière, célébrant la blancheur d’ivoire de sa peau et sa silhouette de gazelle. 

 

Un riche marchand de tapis, habitant à l’autre bout du désert entendit ces poèmes, il tomba, lui aussi, amoureux de Boussaïna. Il décida, alors, de tout quitter pour partir à sa rencontre. Il vendit ses cent chameaux, ses tapis, ses chèvres, quitta ses quatre femmes, ses vingt six enfants et partit à dos de chameau.

 

Le voyage dura deux mois. Il fut épuisant, le riche marchand fort d’amour, brava tous les dangers : les scorpions, les serpents, les brigands, la soif et la chaleur étouffante.

 

Arrivé dans le village de Boussaïna, il voulut la rencontrer. Les villageois l’informèrent qu’elle était en train de puiser de l’eau à la source du village.

Quand il fut auprès d’elle, son cœur battait très fort. Il l’appela, quelle fut sa surprise quand elle se retourna.

   -  Ô mon Dieu, quelle horreur ! Comment ai-je pu tout sacrifier pour une telle laideur ? s’écria notre marchand.

 

Furieux, il s’empressa d’aller trouver le poète Jamil afin de le tuer. N’était-ce pas lui la cause de tous ses malheurs ? 

 

Le poète Jamil errait dans le désert chantant ses poèmes.

Le marchand brandit un sabre et hurla :
   - Tes poèmes m’ont trompé sur la beauté de Boussaïna. J’ai tout perdu à cause de ta  poésie. Prie Allah, car ton heure est arrivée.
Jamil lui répondit :
- Ô égaré ! tu n’as pas su la regarder avec mes yeux, tu n’aurais vu alors que les beautés de Boussaïna.
Retourne chez tes proches, et sache reconnaître la part de beauté qui est en eux, elle illuminera le restant de tes jours.

 © Saïd Bailal

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10.02.2006

Vertige

 

Ce matin après avoir entendu un astronome parler de milliards d'étoiles, j'ai rennoncé à faire ma toilette. A quoi bon se laver encore ? E. Cioran

 

 

 

Cette nuit comme chaque nuit

George Wetheril s'asseoit derrière son télescope.

Il observe les étoiles qui s'entrechoquent

Puis s'abandonnent en poussière

Dans le labyrinthe des galaxies.

 

Cette nuit comme chaque nuit

Naît une nouvelle planète

Elle aussi se peuplera un jour

Elle aura des cavernes comme celle des Sept-Dormants

Et des singes sur les arbres pour lancer des noix de cocos

Et des villes comme New York, Londres et Paris

Que les touristes envahissent en été

De temps en temps une guerre se déclenchera

Les mariés dormiront dans les mêmes lits

Au dessus-de leurs têtes, sur les murs, les photos

De leurs fils absents.

 

Dans cent mille ans...

Dans quatre millions d'années...

Dans deux cent millions d'années...

 

Laisse ton télescope cher George Wetheril

Observer ce qu'il veut

Quelqu'un t'attend dans le salon

Il dit être Dieu

et vient te lire ce poème.

 

Fadhil Al-Azzawi, poète Irakien

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08.02.2006

La source du poète

"A chaque effondrement des preuves le poète répond par une salve d'avenir"  René Char

 

Lorsque les poètes disparurent de l’Agora, les champs des possibles  rétrécirent

 

 

L'homme parlait sans cesse, et les gens du village, lassés par sa parole, refusaient de l'écouter.

 

"puisque personne ne veut plus me prêter attention, je m'adresserai à la source."

 

Et chaque nuit, quand la source se retrouvait seule, libérée de ses assaillants du jour, il allait lui tenir compagnie en lui racontant l'histoire du vent et de la pluie, de la rivière et de la montagne, de l'aurore et du crépuscule, des champs de blé et des peupliers, des gazelles mordorées et des juments blanches.

 

Et la source ensorcellée par son verbe, arrêtait ses murmures pour rêver près de lui. Les villageois notèrent avec satisfaction que leur source était devenue soudain plus abondante. Elle approvisionnait toutes les maisons, irriguait les jardins, abreuvait les troupeaux. Plus de disputes, plus de conflits autour de l'eau.

 

Or un jour, l'homme amoureux de la parole s'exila du village où il ne trouvait plus de travail. Au village le travail ne manquait pas, mais les gens répétaient : "L'homme qui a la langue frétillante ne peut faire un bon ouvrier."

 

Ils n'imaginaient pas que le départ du conteur causerait un chagrin infini à la source. Et la source ressera ses eaux et ferma son coeur. Elle se tarit.

 

Rabah Belamri Poète et conteur kabyle

 

 

 

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03.02.2006

Le lutteur de classe à la manière taoïste

l'histoire est un mot

l'idéologie est un mot

l'inconscient est un mot

les mots voltigent

dans la bouche des ignorants

 

or chaque signe se perpétue

fraîcheur incontournable

                                   ne t'envole pas dans ta propre langue

                                   ne t'évanouis pas dans celle des autres

 

                                 mesure le sang de ta pensée

 

                                car à ta question

                                tu ne trouveras que des cibles vacillantes

                                l'agir dessine la parole

                                comme l'arc consume la flèche cristalline

 

le lutteur de classe à la manière taoïste    Abdelkebir Khatibi

 

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25.01.2006

Le baiser

 

en écho à une note de ray à propos du baiser selon Sollers, et de JLK à propos du dernier Sollers,

 

 

 

DOUCEUR SAUVAGE

Le baiser a un seul sens
c’est quand l’homme veut manger son amante
la porter à sa bouche
l’avaler morceau après morceau
se pourlécher de ses délices les plus enfouies

la mâcher
se délecter de sa fraîcheur
se régaler de ses épices cuisantes
de ses tendres fibres

C’est quand il se réjouit de sa faim
et de la manne qui descend
à l’instant de la voracité
et de la férule de l’appétit
Il veut la dévorer
avec la violence d’un loup féroce
devant la ténacité d’une impossible proie
Il veut mordre à son souffle
Comme à une pomme volée
l’ingurgiter sans délicatesse
comme l’assoiffé qui n’a cure
de la douceur de l’eau
la tuer
la faire fondre
jusqu’à la réduire à un fil d’argent
qu’il enroulera autour de son cœur
pour en écouter les sons ténus
chaque fois qu’il veut en embrasser une autre

Le baiser a un seul sens
c’est quand l’amante veut manger son compagnon
veut
et veut
jusqu’à la fin du poème

Mohammed Achaari 

in Abellatif Lâabi "La poésie marocaine, de l'indépendance à nos jours"

 

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24.01.2006

Le chemin du serpent

« Reconnaître la vérité comme vérité, et en même temps comme erreur ; vivre les contraires, sans les accepter ; tout sentir de toutes les manières, et n’être à la fin rien d’autre que l’intelligence de tout - quand l’homme s’élève à un tel sommet, il est libre comme sur tous les sommets, seul comme sur tous les sommets, uni au ciel, auquel il n’est jamais uni, comme sur tous les sommets. »

Fernando Pessoa

 

 

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23.01.2006

Et la lune me ravit

 

Une nuit de plénitude, la lune s’est mise à nu pour me draper de sa soie.

 Et depuis, je la vois dans chaque pli du ciel.

 

 

"Au firmament, une lune apparut, à l'aube,

elle descendit du ciel, et jeta sur moi son regard.

Tel un faucon qui saisit un oiseau, lors de la chasse,

elle me ravit et m'emporta en haut des cieux.

Quand je me regardai, je ne me vis plus que moi même,

car en cette lune, mon corps par grâce, était devenu l'âme"

Rûmi "Odes mystiques" 

 

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Ce doux murmure du "Je" du monde

Un discours qui emprunte la voie du « Je » peut nous éclairer, parfois, sur la réalité des choses infiniment plus qu’une analyse qui s’engouffre dans le brouillard de l’objectivité, et finit par  nous cacher la nature profonde du monde.

 

La poésie :  ce doux murmure du "Je" du monde.

© Saïd Bailal

11:15 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

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