21.06.2008
Le problème de l'eau au Maroc (la chasse d'eau et les poètes)
Pour trouver l'inspiration, certains écrivains ont besoin de s'isoler dans des endroits assez insolites. Faulkner et Garcia Marquez avaient une prédilection pour les bordels. Kafka aimait se réfugier dans sa cave pour écrire. Un auteur Français s'est enfemé durant des mois dans sa salle de bain pour écrire un roman. Le champion de tous est certainement le poète Anglais John Harington (1561-1612) qui préférait s'isoler dans les toilettes. Pourquoi le choix d'un tel endroit inhospitalier ? Etait-ce le seul lieu où sa muse lui fixait des rendez-vous ? ou bien Harington considérait-il la poésie comme une manière de vider ses tripes et voulait-il ainsi joindre l'utile à l'agréable ?
En tout cas, Harington n'a pas connu la célébrité grâce aux poèmes qui lui furent inspirés dans les Water Closed, mais plutôt parce qu'il fut l'inventeur en 1595 du premier système de chasse d'eau de l'histoire.
A la fin du 19ème siècle, avec l'arrivée de l'eau courante dans les appartements, la chasse d'eau se diffusa dans toute l'Europe. Puis durant le XXème siècle, avec la généralisation du mode de vie occidental, la chasse d'eau fut unanimement adoptée aux quatre coins de la planète.
L'humanité doit beaucoup au poète Harington. Grâce à son invention, la vie est devenue plus confortable. Fini les mauvaises odeurs et les essaims de mouches dans les appartements. Fini les longues escapades à la recherche d'un coin isolé pour faire ses besoins loin du regard des voyeurs et autres pervers, escapades qui relevaient parfois de l'aventure surtout la nuit ou durant les hivers glacials. Mais l'inconvénient, c'est qu'une chasse d'eau ça consomme énormément. Elle devient un réel fléau dans les régions désertiques et sèches.
D'après un rapport récent de la Banque mondiale, la soif guette le Maroc à l'horizon 2050. La disponibilité de l'eau par habitant diminuera de moitié. Il faut donc engager des réformes sur le plan politique et technique et mettre un terme au gaspillage de l'eau.
En particulier, il faut absolument trouver un système alternatif à la chasse d'eau au moins dans les régions sèches. Rappelons qu'avant la généralisation de la chasse d'eau dans les habitations au Maroc, il existait des systèmes traditionnels assez ingénieux pour évacuer les excréments et la puanteur qui s'en dégageait. Par exemple, dans la ville de Figuig, située dans une oasis, le trou qui se trouvait dans la pièce qui servait de toilettes était relié par un tunnel aux jardins maraîchers. Le tunnel était creusé astucieusement de sorte que les mauvaises odeurs ne remontaient pas pour empester les appartements du Ksar. En plus les excréments étaient récupérés pour servir d'engrais naturel. On ne peut que regretter le fait que les architectes Marocains n'aient gardé de l'architecture traditionnelle de leur pays que les ornements et les mosaïques.
Face à l'incompétence des architectes Marocains et autres experts, le ministère de l'équipement de sa Majesté devrait songer à recruter quelques poètes. Ceci aura l'avantage de faire vivre les poètes Marocains qui ont du mal à joindre les deux bouts, et en plus peut-être qu'il se trouvera parmi eux un Harington qui aura assez d'inspiration pour inventer un système capable de mettre fin aux gaspillages et déperdition de cette denrée rare qu'est devenue l'eau.
17:42 Publié dans chroniques marocaines, Etat des lieux, poésie | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : maroc, maghreb, politique, poesie, litterature
23.01.2008
Ceux qui refusent de marcher en file indienne
15:20 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : litterature, poesie, société, politique
17.10.2006
Le conte des 1001 ennuis
22:10 Publié dans l'Autre, poésie | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : litterature, société, politique, poesie, islam
10.04.2006
L'Orient et la beauté
La beauté est une rencontre.

Il y a quelques siècles vivait dans le désert d'Arabie, un grand poète nommé Jamil. Il tomba amoureux de sa cousine Boussaïna. Il en fut tellement épris qu’il écrivit de très beaux poèmes, chantant la beauté de sa bien aimée, comparant l’éclat de sa chevelure au beau ciel d’une nuit d’Arabie, décrivant l’étincelle de son regard qui rendait jalouse la lumière, célébrant la blancheur d’ivoire de sa peau et sa silhouette de gazelle.
Un riche marchand de tapis, habitant à l’autre bout du désert entendit ces poèmes, il tomba, lui aussi, amoureux de Boussaïna. Il décida, alors, de tout quitter pour partir à sa rencontre. Il vendit ses cent chameaux, ses tapis, ses chèvres, quitta ses quatre femmes, ses vingt six enfants et partit à dos de chameau.
Le voyage dura deux mois. Il fut épuisant, le riche marchand fort d’amour, brava tous les dangers : les scorpions, les serpents, les brigands, la soif et la chaleur étouffante.
Arrivé dans le village de Boussaïna, il voulut la rencontrer. Les villageois l’informèrent qu’elle était en train de puiser de l’eau à la source du village.
Quand il fut auprès d’elle, son cœur battait très fort. Il l’appela, quelle fut sa surprise quand elle se retourna.
- Ô mon Dieu, quelle horreur ! Comment ai-je pu tout sacrifier pour une telle laideur ? s’écria notre marchand.
Furieux, il s’empressa d’aller trouver le poète Jamil afin de le tuer. N’était-ce pas lui la cause de tous ses malheurs ?
Le poète Jamil errait dans le désert chantant ses poèmes.
Le marchand brandit un sabre et hurla :
- Tes poèmes m’ont trompé sur la beauté de Boussaïna. J’ai tout perdu à cause de ta poésie. Prie Allah, car ton heure est arrivée.
Jamil lui répondit :
- Ô égaré ! tu n’as pas su la regarder avec mes yeux, tu n’aurais vu alors que les beautés de Boussaïna.
Retourne chez tes proches, et sache reconnaître la part de beauté qui est en eux, elle illuminera le restant de tes jours.
© Saïd Bailal
10:50 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (50) | Envoyer cette note
10.02.2006
Vertige

Ce matin après avoir entendu un astronome parler de milliards d'étoiles, j'ai rennoncé à faire ma toilette. A quoi bon se laver encore ? E. Cioran
Cette nuit comme chaque nuit
George Wetheril s'asseoit derrière son télescope.
Il observe les étoiles qui s'entrechoquent
Puis s'abandonnent en poussière
Dans le labyrinthe des galaxies.
Cette nuit comme chaque nuit
Naît une nouvelle planète
Elle aussi se peuplera un jour
Elle aura des cavernes comme celle des Sept-Dormants
Et des singes sur les arbres pour lancer des noix de cocos
Et des villes comme New York, Londres et Paris
Que les touristes envahissent en été
De temps en temps une guerre se déclenchera
Les mariés dormiront dans les mêmes lits
Au dessus-de leurs têtes, sur les murs, les photos
De leurs fils absents.
Dans cent mille ans...
Dans quatre millions d'années...
Dans deux cent millions d'années...
Laisse ton télescope cher George Wetheril
Observer ce qu'il veut
Quelqu'un t'attend dans le salon
Il dit être Dieu
et vient te lire ce poème.
Fadhil Al-Azzawi, poète Irakien
12:50 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
08.02.2006
La source du poète
"A chaque effondrement des preuves le poète répond par une salve d'avenir" René Char
Lorsque les poètes disparurent de l’Agora, les champs des possibles rétrécirent
L'homme parlait sans cesse, et les gens du village, lassés par sa parole, refusaient de l'écouter.
"puisque personne ne veut plus me prêter attention, je m'adresserai à la source."
Et chaque nuit, quand la source se retrouvait seule, libérée de ses assaillants du jour, il allait lui tenir compagnie en lui racontant l'histoire du vent et de la pluie, de la rivière et de la montagne, de l'aurore et du crépuscule, des champs de blé et des peupliers, des gazelles mordorées et des juments blanches.
Et la source ensorcellée par son verbe, arrêtait ses murmures pour rêver près de lui. Les villageois notèrent avec satisfaction que leur source était devenue soudain plus abondante. Elle approvisionnait toutes les maisons, irriguait les jardins, abreuvait les troupeaux. Plus de disputes, plus de conflits autour de l'eau.
Or un jour, l'homme amoureux de la parole s'exila du village où il ne trouvait plus de travail. Au village le travail ne manquait pas, mais les gens répétaient : "L'homme qui a la langue frétillante ne peut faire un bon ouvrier."
Ils n'imaginaient pas que le départ du conteur causerait un chagrin infini à la source. Et la source ressera ses eaux et ferma son coeur. Elle se tarit.
Rabah Belamri Poète et conteur kabyle
12:55 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
03.02.2006
Le lutteur de classe à la manière taoïste
l'histoire est un mot
l'idéologie est un mot
l'inconscient est un mot
les mots voltigent
dans la bouche des ignorants
or chaque signe se perpétue
fraîcheur incontournable
ne t'envole pas dans ta propre langue
ne t'évanouis pas dans celle des autres
mesure le sang de ta pensée
car à ta question
tu ne trouveras que des cibles vacillantes
l'agir dessine la parole
comme l'arc consume la flèche cristalline
le lutteur de classe à la manière taoïste Abdelkebir Khatibi
19:55 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
25.01.2006
Le baiser

en écho à une note de ray à propos du baiser selon Sollers, et de JLK à propos du dernier Sollers,
DOUCEUR SAUVAGE
Le baiser a un seul sens
c’est quand l’homme veut manger son amante
la porter à sa bouche
l’avaler morceau après morceau
se pourlécher de ses délices les plus enfouies
se délecter de sa fraîcheur
se régaler de ses épices cuisantes
de ses tendres fibres
C’est quand il se réjouit de sa faim
et de la manne qui descend
à l’instant de la voracité
et de la férule de l’appétit
Il veut la dévorer
avec la violence d’un loup féroce
devant la ténacité d’une impossible proie
Il veut mordre à son souffle
Comme à une pomme volée
l’ingurgiter sans délicatesse
comme l’assoiffé qui n’a cure
de la douceur de l’eau
la tuer
la faire fondre
jusqu’à la réduire à un fil d’argent
qu’il enroulera autour de son cœur
pour en écouter les sons ténus
chaque fois qu’il veut en embrasser une autre
Le baiser a un seul sens
c’est quand l’amante veut manger son compagnon
veut
et veut
jusqu’à la fin du poème
Mohammed Achaari
in Abellatif Lâabi "La poésie marocaine, de l'indépendance à nos jours"
16:05 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
24.01.2006
Le chemin du serpent
« Reconnaître la vérité comme vérité, et en même temps comme erreur ; vivre les contraires, sans les accepter ; tout sentir de toutes les manières, et n’être à la fin rien d’autre que l’intelligence de tout - quand l’homme s’élève à un tel sommet, il est libre comme sur tous les sommets, seul comme sur tous les sommets, uni au ciel, auquel il n’est jamais uni, comme sur tous les sommets. »
20:30 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
23.01.2006
Et la lune me ravit

Une nuit de plénitude, la lune s’est mise à nu pour me draper de sa soie.
Et depuis, je la vois dans chaque pli du ciel.
"Au firmament, une lune apparut, à l'aube,
elle descendit du ciel, et jeta sur moi son regard.
Tel un faucon qui saisit un oiseau, lors de la chasse,
elle me ravit et m'emporta en haut des cieux.
Quand je me regardai, je ne me vis plus que moi même,
car en cette lune, mon corps par grâce, était devenu l'âme"
Rûmi "Odes mystiques"
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