21.06.2008

Le problème de l'eau au Maroc (la chasse d'eau et les poètes)

Pour trouver l'inspiration, certains écrivains ont besoin de s'isoler dans des endroits assez insolites. Faulkner et Garcia Marquez avaient une prédilection pour les bordels. Kafka aimait se réfugier dans sa cave pour écrire. Un auteur Français s'est enfemé durant des mois dans sa salle de bain pour écrire un roman. Le champion de tous est certainement le poète Anglais John Harington (1561-1612) qui préférait s'isoler dans les toilettes. Pourquoi le choix d'un tel endroit inhospitalier ? Etait-ce le seul lieu où sa muse lui fixait des rendez-vous ? ou bien Harington considérait-il la poésie comme une manière de vider ses tripes et voulait-il ainsi joindre l'utile à l'agréable ?

En tout cas, Harington n'a pas connu la célébrité grâce aux poèmes qui lui furent inspirés dans les Water Closed, mais plutôt parce qu'il fut l'inventeur en 1595 du premier système de chasse d'eau de l'histoire.

A la fin du 19ème siècle, avec l'arrivée de l'eau courante dans les appartements, la chasse d'eau se diffusa dans toute l'Europe. Puis durant le XXème siècle, avec la généralisation du mode de vie occidental, la chasse d'eau fut unanimement adoptée aux quatre coins de la planète.

L'humanité doit beaucoup au poète Harington. Grâce à son invention, la vie est devenue plus confortable. Fini les mauvaises odeurs et les essaims de mouches dans les appartements. Fini les longues escapades à la recherche d'un coin isolé pour faire ses besoins loin du regard des voyeurs et autres pervers, escapades qui relevaient parfois de l'aventure surtout la nuit ou durant les hivers glacials. Mais l'inconvénient, c'est qu'une chasse d'eau ça consomme énormément. Elle devient un réel fléau dans les régions désertiques et sèches.

secheresse.jpgD'après un rapport récent de la Banque mondiale, la soif guette le Maroc à l'horizon 2050. La disponibilité de l'eau par habitant diminuera de moitié. Il faut donc engager des réformes sur le plan politique et technique et mettre un terme au gaspillage de l'eau. 

En particulier, il faut absolument trouver un système alternatif à la chasse d'eau au moins dans les régions sèches. Rappelons qu'avant la généralisation de la chasse d'eau dans les habitations au Maroc, il existait des systèmes traditionnels assez ingénieux pour évacuer les excréments et la puanteur qui s'en dégageait. Par exemple, dans la ville de Figuig, située dans une oasis, le trou qui se trouvait dans la pièce qui servait de toilettes était relié par un tunnel aux jardins maraîchers. Le tunnel était creusé astucieusement de sorte que les mauvaises odeurs ne remontaient pas pour empester les appartements du Ksar. En plus les excréments étaient récupérés pour servir d'engrais naturel. On ne peut que regretter le fait que les architectes Marocains n'aient gardé de l'architecture traditionnelle de leur pays que les ornements et les mosaïques.

Face à l'incompétence des architectes Marocains et autres experts, le ministère de l'équipement de sa Majesté devrait songer à recruter quelques poètes. Ceci aura l'avantage de faire vivre les poètes Marocains qui ont du mal à joindre les deux bouts, et en plus peut-être qu'il se trouvera parmi eux un Harington qui aura assez d'inspiration pour inventer un système capable de mettre fin aux gaspillages et déperdition de cette denrée rare qu'est devenue l'eau.

 

17:42 Publié dans chroniques marocaines, Etat des lieux, poésie | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : maroc, maghreb, politique, poesie, litterature

13.06.2008

par delà le bien et le mal

Lorsqu'un chat enfonce ses griffes dans le corps d'une souris, il ne s'interroge pas sur la souffrance qu'il engendre. Il ne fait que perpétuer un instinct. Il se contente de répondre au besoin vital de se nourrir.

Jusqu'à preuve du contraire, il n'y a pas eu chez nos amis mammifères carnassiers une minette comme Brigitte Bardot pour s'indigner du sort réservé par ses pairs aux rongeurs, aux oiseaux ou aux poissons. Mis à part dans un épisode de Tom et Jerry, on n'a jamais vu des chats constituer une société de protection des souris ou condamner les atrocités commises par leurs semblables. Normal, le chat est incapable de s'identifier à l'une de ses proies pour ressentir la souffrance qu'il lui inflige.

Contrairement à l'animal, l'homme est capable de se projeter dans la peau d'autrui, il peut donc éprouver ce que ressent l'autre. Cette faculté peut engendrer chez lui de la compassion, de l'empathie et une volonté de protéger le plus faible. Elle peut le conduire à transformer ses pulsions destructrices en idéal du Bien. Mais paradoxalement, elle peut aussi créer chez lui un comportement sadique ou un désir de vengeance. Elle peut le précipiter dans le camp du Mal.

Le monde animal est exclu du mal. On n'a pas encore vu des animaux inventer des camps de concentration, des outils ingénieux de torture, des goulags ou des guerres saintes. L'animal le plus cruel ne jouit pas du mal, l'homme oui.

 

18:12 Publié dans Etat des lieux | Lien permanent | Commentaires (41) | Envoyer cette note | Tags : politique, morale, société, philosophie

01.06.2008

la vie rêvée d'un Rmiste

Suite à une discussion avec un ami artiste Rmiste, j'ai écrit ce billet que je dédie à tous les anciens et les futurs Rmistes qui sont de plus en plus nombreux.

"9 = 447,91" :

Aux yeux d'un matheux, cette égalité est absurde, elle n'a aucun sens. Seul un Rmiste comme moi est capable de déceler la magie qu'elle recèle. Seul un Rmiste possède la clé pour déchiffrer une telle égalité. Le 9 de chaque mois, le montant du RMI, soit environ 447,91 est viré sur mon compte bancaire.

Depuis que je suis au RMI,  j'ai perdu le sens commun des chiffres. je me suis même inventé une nouvelle arithmétique. Tous les chiffres ne sonnent pas pareil à mes oreilles. De toute façon certains ne sont plus audibles comme par exemple les chiffres qui finissent par plus de 3 zéros. La case des milliers a disparu depuis longtemps de mes relevés bancaires. Je me sens largué dès que j'entends une conversation à propos des prix de voitures ou du loyer de certains appartements.

J'ai aussi inventé un calendrier original. Pour moi, les mois ne commencent pas le 1er mais plutôt le 9ème jour. J'ai confectionné un calendrier que j'ai accroché derrière la porte d'entrée de mon appartement. Sur ce calendrier, les mois commencent donc le 9. J'ai inscrit sur chaque case correpondant à ce jour "Saint RMI".

Ecologiste malgré moi :

 Je n'ai pas de voiture. Je me déplace toujours à pieds ou à vélo. Je n'achète pas de produit cosmétique. J'utilise très peu de produit vaisselle et de détergent. J'ai appris à me débrouiller autrement.

Je consomme très peu. La "débrouille et la récup", voilà mon crédo. Je produis donc très peu de déchets. Ma télé, récupérée chez des amis, date des année 80, mon four et mon frigo aussi. Vu le prix actuel de l'électricité, j'ai ppris à ne l'utiliser qu'en cas de nécessité. J'ai découvert ainsi le charme de l'obscurité. Je sais me débrouiller dans le noir. Vous-vus demandez peut-être comment... Eh bien, exactement comme tout être humain ayant vécu avant Thomas Edison et sa lampe à incandéscence.

 Comme la plupart des Rmistes, Je pollue très peu. Et comme eux je n'ai rien à me reprocher concernant le trou d'ozone. C'est pour ça que je revendique le droit de tout Rmiste à une prime annuelle spéciale "respect de la nature". On n'a qu'à taxer plus ceux qui possèdent une voiture, ceux qui changent souvent de télé, ceux qui raffolent de produits cosmétiques, ceux qui ne savent plus laver leur vaisselle et leurs affaires à la manière traditionelle.

"Vous me le faites à combien ?" : 

 Au Maroc, marchander les prix est un sport national. Si vous ne marchandez pas, vous risquez de fâcher le vendeur, vous le privez du plaisir qu'il éprouve quand il réussit à vous convaincre d'avoir fait une bonne affaire en vous fourguant une babiole.

En m'installant en France, j'ai perdu cette habitude. Mais depuis que je suis au RMI, J'ai retrouvé la joie de négocier les prix. Vous ne me croirez peut-être pas mais en France, tout peut se marchander, même le prix d'une baguette. On peut parfois l'avoir gratis, il suffit pour cela de se pointer deux minutes avant la fermeture de la boulangerie.

Comme le nombre de Rmistes et en constante augmentation dans l'Hexagone, je me demande si les Français ne vont pas bientôt dépasser les Marocains dans l'art de marchander les prix.

Mektoub, tout est écrit, dit-on sur la rive sud de la mare nostrum. Mais si la vie était pareille à un livre, mes années RMI ressembleraient alors à ces pages de papier recyclable un peu jaunies. Elles ont "de la gueule" ces pages. On a du mal parfois à les tourner tellement elles sont épaisses et collantes.

Quand il faudra fermer le livre, ce serait sans regretter rien,

J'ai vu tant de gens si mal vivre,

et tant de gens mourir si bien

Jean-Luc Godard

 

17:38 Publié dans Etat des lieux | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : société, politique, france, rmi, chomage

06.10.2007

choc des civilisations ou malaise dans la civilisation ?

Lorsque le coin le plus reculé du monde a été conquis par la technique et peut être exploité économiquement ;

lorsque ce qui arrive sur la planète, à n’importe quel endroit, à n’importe quel moment, est accessible ;

lorsque, à travers la "couverture médiatique en direct" on peut simultanément "vivre" un combat dans le désert irakien et la représentation d’un opéra à Pékin ;

lorsque, à l’heure du réseau digital mondial, le temps n’est plus que vitesse, instantanéité et simultanéité ;

lorsque le gagnant d’un jeu de télé-réalité est considéré comme le plus grand homme d’un peuple ;

alors, oui, surgit de tout ce tumulte, tel un spectre, la question : et pourquoi ? pour aller où ?

– et alors ? …

 

 

0e0f90e90ad39a6cd211f5d1a904b7c0.jpgJe viens de lire « Bienvenue dans le désert du réel » de Slavoj Zizek. Le philosophe et psychanalyste Slovaque nous livre des analyses fines de tous les investissements pulsionnels et idéologiques qui façonnent notre nouvel ordre mondial depuis l'effondrement des tours jumelles un certain 11 septembre 2001. Il y démonte toutes les illusions soutenues par nos bien-pensants du moment, pour démontrer, entre autre, que le vrai choc des civilisations n’est en réalité qu'un choc à l'intérieur de chaque civilisation, que l'alternative idéologique opposant l'univers libéral, démocratique et digitalisé, à une radicalité prétendument "islamiste" n’est en définitive qu'une fausse opposition, masquant notre incapacité à percevoir les vrais enjeux politiques contemporains.

 

 

e4d12627de92f511a7a900a1ba27291f.jpgZizek est un des penseurs les plus décalés du moment, un poseur de questions hors normes qui ne recule devant rien pour percer le secret de nos contradictions. Son écriture est pimentée par des anecdotes tirées de films populaires et de blagues, ce qui rend sa lecture agréable et plaisante. D’ailleurs « Bienvenue dans le désert du réel » fait référence à la phrase prononcée dans le film Matrix, par le chef des rebelles, Morpheus, lorsqu’il accueillit Néo, le héros du film, dans la "vraie réalité" d’un monde dévasté par un ground zéro planétaire. 

08:45 Publié dans Etat des lieux | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : littérature, politique, livre, société

03.10.2007

l'ordinateur, cet objet archaïque et dangereux

L’ordinateur est le symbole par excellence de la modernité. Pourtant un rapide survol des mythes et de la littérature ancienne nous démontre qu’il est l’un des objets les plus archaïques au monde. L’idée de réaliser des machines intelligentes est aussi vieille que l’homme, elle rejoint le rêve de l’immortalité dans la liste des fantasmes permanents de l’humanité.

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Dans le chant 18 de l’Iliade, Héphaïstos a fabriqué des tables à trois pieds capables de se mouvoir toutes seules dans le palais des dieux. La mythologie grecque relate aussi des histoires de femmes en or, douées de raison, capables de travailler et de parler, Pygmalion ira même jusqu’à épouser une de ces créatures Galatée qu’il a lui-même façonné.

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Dans la tradition juive, le Golem est un être artificiel fait d’argile chargé, en cas de danger, d’avertir la communauté vivant dans le ghetto. Ce mythe du Golem inspirera plus tard à Mary Shelley son personnage de Frankenstein.

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On trouve aussi l’équivalent du Golem dans plusieurs contes des mille et une nuits : des statues posées à la porte de certaines villes s’animent et alertent les habitants dès qu’un étranger s’approche de leur ville, on retrouve là l’ancêtre de la vidéo  surveillance et des systèmes d’alarme. D'ailleurs, la fameuse formule « Sésame ouvre-toi » est tout simplement l’équivalent d’une commande vocale.

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e018c798c55b4aa51a632df9d08a63bf.jpgCes êtres artificiels de la mythologie, ancêtres de l’ordinateur et des automates, sont tous doués d’intelligence, ils sont au service de l’homme mais ils le dépassent par leurs capacités et ce qui étrange c’est qu’ils finissent tous par se retourner contre lui.

 

Ne doit-on pas alors s’attendre au pire quand on sait que les mythes ne sont que des réminiscences de rêves collectifs et que certains rêves sont prémonitoires ?!

 

Saïd B.

19:45 Publié dans Etat des lieux | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, société, informatique

10.09.2007

une autre vision des événements du 11 septembre

A l'occasion de l'anniversaire des événements du 11 septembre, je remets en ligne un billet que j'avais publié à l'occasion de ces événements. Hélas, il est toujours d'actualité :

 

La nuit dans le désert, le ciel est d’une profondeur religieuse, profondeur accentuée par la nudité du paysage. Les étoiles semblent y être des milliers de torches allumées pour célébrer la déesse lune, pour rendre plus éclatante sa transparence et plus profond son mystère.

 Face à ce paysage, les Arabes accordèrent une grande importance à la lune. Ils adoptèrent le calendrier lunaire, et deux des piliers de l’Islam, le ramadan et le pèlerinage à la Mecque, sont déterminés par l’astre de la nuit. Bref, la lune devint pour les Arabes le symbole de la perfection, du mystère et de la grâce. Jusqu’au jour où les Américains posèrent leurs pieds sur la lune. Ils montrèrent alors un paysage de désolation. La lune n’est que ravins et poussière. Elle ne brille d’aucune beauté, elle ne recèle aucun mystère.


Ce fut un petit pas boiteux pour les Américains, et un grand pas dans le vide pour les Arabes.

 


Cette parabole peut servir comme grille de lecture, parmi tant d’autres, des malentendus entre l’Islam et l’Occident. Elle peut nous éclairer sur le fait que la modernité incarnée par l’Occident bouleverse les valeurs de la majorité des êtres humains, en démystifiant et en désacralisant le réel, sans pour autant les faire bénéficier de ses bienfaits, ni donner sens à leurs destins individuels et collectifs.


L’Occident doit revoir son rapport au monde et aux autres. L’arrogance que lui procure sa puissance technique et scientifique ne peut le conduire qu’au reniement de ses valeurs, des autres, et finalement de lui-même.


Par ailleurs, les musulmans doivent prendre conscience qu’ils peuvent rendre sa beauté à la nuit de plénitude, à condition de repenser leur vision du monde et leur passé. «La beauté n’existe que dans les yeux de celui qui la regarde», chantait l’un de leurs poètes. Ils doivent rechercher les causes de leur déclin d’abord en eux-mêmes, au lieu d’en accuser toujours les autres.

 

Saïd Baïlal 

08:55 Publié dans Etat des lieux | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, politique

01.09.2007

les écrivains que je ne lirais jamais

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C'est la rentrée littéraire en France. Cette année, les éditeurs nous proposent pas moins de 727 ouvrages. Certains remporteront des prix, et la plupart seront noyés dans la masse.

Durant des semaines, des écrivains accorderont des interviews à la presse et à la radio. Ils sillonneront les villes de province pour parler de leurs livres et de leurs vies, dans les Fnac et chez d'autres marchands de livres. Ils envahiront les plateaux télévisuels, on les verra aux journaux TV, dans les rares émissions encore consacrées à la littérature, ils joueront même aux clowns dans des émissions de divertissment.

 

Un écrivain qui se complait dans la banalité ambiante peut-il encore faire oeuvre ?

Je viens de relire pour la énième fois "Le Temps des erreurs" du feu Mohamed Choukri, le poète aux pieds nus, celui pour qui l'écriture est une protestation non une parade. Il avait de la classe celui-là. Je me suis attardé sur l'extrait suivant :

 

Je remarque un homme élégant, visiblement respecté par les clients du café, et souvent entouré de gens fringants aux airs solennels. Je demande à un homme assis près de moi de qui il s'agit.

- Vous ne le connaissez pas, c'est l'écrivain Mohammed Essabagh.

- Qu'est-ce qu'il écrit ?

- Des poèmes en prose.

J'achète ses livres : La Soif blessée, , L'arbre de feu, La Lune et moi. ces derniers sont traduits en espagnol. Je les lis et je me dis que s'il faut écrire ça pour être entouré de tant de déférence, alors je peux le faire moi aussi. Et même mieux. L'écriture est un privilège ! Je croyais que l'Ecrivain ne se montrait jamais en public, qu'il ne parlait pas avec les gens, comme Mohammed Essabagh dans ce café. Pour moi l'écrivain était mort ou invisible.

 

Je ne sais pas pourquoi cet extrait m'a fait penser à la rentrée littéraire ?

En tout cas je suis sûr d'une chose, j'aime lire et relire les écrivains absents.

 

 Saïd Bailal

 

Les Tableau est de Mahi Binebine, peintre et écrivain Marocain

23:00 Publié dans Etat des lieux | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, culture

09.04.2007

la France a-t-elle un avenir ?

L’image que se fait un pays de lui-même est inscrite dans la pierre. Les monuments incarnent le sens particulier que donne un peuple à l’histoire, ils traduisent les orientations du présent plutôt tendu vers le passé, vers l’avenir ou bien un rétrécissement de l’horizon au seul présent instantané.

 

Une France tournée vers l’avenir

De Gaulles a construit essentiellement des ponts et des autoroutes, symboles d’ouverture et de rencontre. Il a été aussi un bâtisseur d’avenir, les projets qu’il a initié tel le concorde ou le TGV illustrent un désir d’innovation et de vitesse. 

 

Sortie meurtrie de la guerre, la France sous De Gaulles était résolument tournée vers l’avenir. La victoire contre la barbarie nazie redonna force à l’espérance historique, mais pour peu de temps.

 

Une France engloutie dans les failles du présent

A la fin des années soixante, les Français désiraient profiter des fruits des « trente glorieuses ». Par ailleurs le bruit des chars soviétiques, envahissant les capitales de l’Europe de l’Est, avait installé le doute à propos d’un avenir radieux. Le désir d’avenir s’est immolé laissant place à une volonté de jouir du présent, « ici et maintenant », « jouissons sans entraves » proclamaient les jeunes en mai 68.

Le centre Beaubourg construit par Pompidou a été dédié exclusivement à l’art moderne et contemporain. Cette célébration d’un art dominé par le design, la performance et l’immédiateté est l’indice d’un appétit du temps présent. 

 

Les Français sous Pompidou étaient revenus de toutes les utopies sociales, ils ne croyaient plus à un avenir meilleur. Horrifiés par les souvenirs d’un passé meurtrier, ils voulaient vivre sur le mode exclusif de l’urgence, vivre au présent.

 

Une France qui se réfugie dans la familiarité consolatrice du passé

Au début des années 80, de plus en plus de Français sont touchés par le chômage et la pauvreté, ils n’ont plus la possibilité de profiter du présent. La gauche au pouvoir n’a pas pu tenir ses promesses d’un avenir meilleur. Lorsque l’espoir dans l’avenir s’éteint, lorsque le présent devient difficile à vivre, les hommes se tournent alors vers le passé.

Mitterrand rénove le Musée du Louvre dédié exclusivement aux œuvres du passé, son choix d’une pyramide démontre une volonté de revisiter le passé. La grande Bibliothèque qu’il a bâtie souligne aussi cette volonté d’une France qui se réfugie dans l’érudition et dans le passé. Chirac succomba à son tour à cette nouvelle passion française : la fascination de l’ancien, il construisit le musée des arts premiers.

 

A l’aube du deuxième millénaire la France doute, les espoirs dans l’avenir se sont estompés, les possibilités de jouir du présent se sont rétrécies. La France a vieilli. Elle est devenue incapable de préférer l’avenir au passé, le projet au souvenir. 

 

Au vu des récents débats sur l’identité nationale, on peut parier que le prochain président construira exclusivement des musées dédiés à un passé hexagonal glorifié et mystifié.

 

09:05 Publié dans Etat des lieux | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : littérature, politique, société

07.03.2007

Baudrillard n'est plus

medium_baudrillard-pic.gifJean Baudrillard vient de s’éteindre. Il incarnait la figure d’un penseur vagabond. Il aimait traiter de tous les aspects de la vie quotidienne. Aucun détail n’échappait à son regard d’analyste, cet autre regard finissait par nous surprendre en nous restituant un réel inattendu échappant à nos yeux atteints par la myopie de l’habitude.

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 Sa réflexion majeure a été son analyse de l’image. Pour lui, le réel tend à s’effacer devant le " simulacre ". Derrière la plupart des images, quelque chose disparaît. Parce qu’à vouloir tout montrer, l’image annihile la présence des objets, elle aboutit à l’absence. L’image ne représente pas la réalité mais nous met en présence de palpitations de vie et de mort, et finalement d’une absence que ne saurait combler la multiplicité de représentations médiatiques dont nous sommes chaque jour abreuvés. Cette réflexion a été illustrée à merveille par la première guerre du Golf.

 

Sa pensée a eu une grande influence au delà même des cercles universitaires. Selon les réalisateurs de la trilogie Matrix, son ouvrage "Simulacres et simulation" eut une influence majeure dans le scénario.

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Sa plume de sociologue cache celle d’un vrai poète. Il avait la capacité à décrire son époque, à l’analyser, à forger des concepts avec un réel talent littéraire qu'on retrouve, par exemple, dans l'extrait suivant de "L'Echange impossible" :

“Libérée de toute fonctionnalité, désormais dévolue aux machines intellectuelles, rendue à la clandestinité, la pensée redevient libre de ne mener nulle part, d’être l’effectuation triomphale du Rien, de ressusciter le principe du Mal. Voilà qui change toutes les perspectives. Car on se disait (sur le modèle de Cioran :” quel dommage que pour trouver Dieu, il faille passer par la foi !”) : Quel dommage que pour parvenir au monde, il faille en passer par la représentation ! Quel dommage que pour dire les choses, il faille en passer par le sens ! Quel dommage que pour connaître, il faille en passer par le savoir 'objectif” ! Quel dommage que pour que quelque chose fasse événement, il faille en passer par l’information ! Quel dommage que pour qu’il y ait de l’échange, il faille en passer par la valeur !

 

 

Eh bien, c’est fini ! Nous sommes libres d’une autre liberté désormais. Délivrés de la représentation par leurs représentants eux-mêmes, les hommes sont enfin libres de ce qu’ils sont sans passer par personne d’autre, ni même par la liberté ou le droit d’être libres. Délivrées de la valeur, les choses sont libres de  circuler sans passer par l’échange et l’abstraction de l’échange. Les mots, le langage sont libres de correspondre sans passer par le sens. De même que, délivrée de la reproduction, la sexualité devient libre de se déployer dans l’érotique, sans le souci de la fin et des moyens.

 

Ainsi s’opère le transfert poétique de situation.”

08:55 Publié dans Etat des lieux | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : litterature, politique, poesie

04.03.2007

guerre et paix

A la question : « comment libérer les hommes de la fatalité de la guerre », Freud  a répondu : « peut-être n’est-il pas utopique d’espérer que l’influence de ces deux facteurs, la position culturelle et l’angoisse justifiée dans les effets d’une guerre future, metterront fin à la pratique de la guerre. (...) tout ce qui promeut le développement culturel travaille du  même coup contre la guerre »

 

La culture suffit-elle à faire éviter la guerre ?

 

L’état du monde durant le siècle dernier et le début du 21ème, démontre le contraire. Ces deux siècles ont connu un développement fulgurant de la culture. L’analphabétisme n’a cessé de régresser, le nombre de bibliothèques et de librairies est en augmentation constante de part le monde, l’accès aux connaissances et au savoir scientifique s’est largement démocratisé, mais les guerres sont toujours là. On a atteint des degrés inimaginables dans les horreurs qu’elles peuvent provoquer. La culture a même été souvent utilisée pour justifier les massacres, les nazis ont même voulu légitimer l’élimination d’une partie de l’humanité par le recours à la culture scientifique.

 

Freud s’est-t-il trompé ?

Les hommes sont-ils condamnés à se faire perpétuellement la guerre ?

Doit-on avoir recours à autre chose que la culture pour éviter cette fatalité ?

15:20 Publié dans Etat des lieux | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : politique, litterature, société

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