23.01.2008

Ceux qui refusent de marcher en file indienne

15:20 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : litterature, poesie, société, politique

06.10.2007

choc des civilisations ou malaise dans la civilisation ?

Lorsque le coin le plus reculé du monde a été conquis par la technique et peut être exploité économiquement ;

lorsque ce qui arrive sur la planète, à n’importe quel endroit, à n’importe quel moment, est accessible ;

lorsque, à travers la "couverture médiatique en direct" on peut simultanément "vivre" un combat dans le désert irakien et la représentation d’un opéra à Pékin ;

lorsque, à l’heure du réseau digital mondial, le temps n’est plus que vitesse, instantanéité et simultanéité ;

lorsque le gagnant d’un jeu de télé-réalité est considéré comme le plus grand homme d’un peuple ;

alors, oui, surgit de tout ce tumulte, tel un spectre, la question : et pourquoi ? pour aller où ?

– et alors ? …

 

 

0e0f90e90ad39a6cd211f5d1a904b7c0.jpgJe viens de lire « Bienvenue dans le désert du réel » de Slavoj Zizek. Le philosophe et psychanalyste Slovaque nous livre des analyses fines de tous les investissements pulsionnels et idéologiques qui façonnent notre nouvel ordre mondial depuis l'effondrement des tours jumelles un certain 11 septembre 2001. Il y démonte toutes les illusions soutenues par nos bien-pensants du moment, pour démontrer, entre autre, que le vrai choc des civilisations n’est en réalité qu'un choc à l'intérieur de chaque civilisation, que l'alternative idéologique opposant l'univers libéral, démocratique et digitalisé, à une radicalité prétendument "islamiste" n’est en définitive qu'une fausse opposition, masquant notre incapacité à percevoir les vrais enjeux politiques contemporains.

 

 

e4d12627de92f511a7a900a1ba27291f.jpgZizek est un des penseurs les plus décalés du moment, un poseur de questions hors normes qui ne recule devant rien pour percer le secret de nos contradictions. Son écriture est pimentée par des anecdotes tirées de films populaires et de blagues, ce qui rend sa lecture agréable et plaisante. D’ailleurs « Bienvenue dans le désert du réel » fait référence à la phrase prononcée dans le film Matrix, par le chef des rebelles, Morpheus, lorsqu’il accueillit Néo, le héros du film, dans la "vraie réalité" d’un monde dévasté par un ground zéro planétaire. 

08:45 Publié dans Etat des lieux | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : littérature, politique, livre, société

03.10.2007

l'ordinateur, cet objet archaïque et dangereux

L’ordinateur est le symbole par excellence de la modernité. Pourtant un rapide survol des mythes et de la littérature ancienne nous démontre qu’il est l’un des objets les plus archaïques au monde. L’idée de réaliser des machines intelligentes est aussi vieille que l’homme, elle rejoint le rêve de l’immortalité dans la liste des fantasmes permanents de l’humanité.

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Dans le chant 18 de l’Iliade, Héphaïstos a fabriqué des tables à trois pieds capables de se mouvoir toutes seules dans le palais des dieux. La mythologie grecque relate aussi des histoires de femmes en or, douées de raison, capables de travailler et de parler, Pygmalion ira même jusqu’à épouser une de ces créatures Galatée qu’il a lui-même façonné.

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Dans la tradition juive, le Golem est un être artificiel fait d’argile chargé, en cas de danger, d’avertir la communauté vivant dans le ghetto. Ce mythe du Golem inspirera plus tard à Mary Shelley son personnage de Frankenstein.

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On trouve aussi l’équivalent du Golem dans plusieurs contes des mille et une nuits : des statues posées à la porte de certaines villes s’animent et alertent les habitants dès qu’un étranger s’approche de leur ville, on retrouve là l’ancêtre de la vidéo  surveillance et des systèmes d’alarme. D'ailleurs, la fameuse formule « Sésame ouvre-toi » est tout simplement l’équivalent d’une commande vocale.

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e018c798c55b4aa51a632df9d08a63bf.jpgCes êtres artificiels de la mythologie, ancêtres de l’ordinateur et des automates, sont tous doués d’intelligence, ils sont au service de l’homme mais ils le dépassent par leurs capacités et ce qui étrange c’est qu’ils finissent tous par se retourner contre lui.

 

Ne doit-on pas alors s’attendre au pire quand on sait que les mythes ne sont que des réminiscences de rêves collectifs et que certains rêves sont prémonitoires ?!

 

Saïd B.

19:45 Publié dans Etat des lieux | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, société, informatique

10.09.2007

une autre vision des événements du 11 septembre

A l'occasion de l'anniversaire des événements du 11 septembre, je remets en ligne un billet que j'avais publié à l'occasion de ces événements. Hélas, il est toujours d'actualité :

 

La nuit dans le désert, le ciel est d’une profondeur religieuse, profondeur accentuée par la nudité du paysage. Les étoiles semblent y être des milliers de torches allumées pour célébrer la déesse lune, pour rendre plus éclatante sa transparence et plus profond son mystère.

 Face à ce paysage, les Arabes accordèrent une grande importance à la lune. Ils adoptèrent le calendrier lunaire, et deux des piliers de l’Islam, le ramadan et le pèlerinage à la Mecque, sont déterminés par l’astre de la nuit. Bref, la lune devint pour les Arabes le symbole de la perfection, du mystère et de la grâce. Jusqu’au jour où les Américains posèrent leurs pieds sur la lune. Ils montrèrent alors un paysage de désolation. La lune n’est que ravins et poussière. Elle ne brille d’aucune beauté, elle ne recèle aucun mystère.


Ce fut un petit pas boiteux pour les Américains, et un grand pas dans le vide pour les Arabes.

 


Cette parabole peut servir comme grille de lecture, parmi tant d’autres, des malentendus entre l’Islam et l’Occident. Elle peut nous éclairer sur le fait que la modernité incarnée par l’Occident bouleverse les valeurs de la majorité des êtres humains, en démystifiant et en désacralisant le réel, sans pour autant les faire bénéficier de ses bienfaits, ni donner sens à leurs destins individuels et collectifs.


L’Occident doit revoir son rapport au monde et aux autres. L’arrogance que lui procure sa puissance technique et scientifique ne peut le conduire qu’au reniement de ses valeurs, des autres, et finalement de lui-même.


Par ailleurs, les musulmans doivent prendre conscience qu’ils peuvent rendre sa beauté à la nuit de plénitude, à condition de repenser leur vision du monde et leur passé. «La beauté n’existe que dans les yeux de celui qui la regarde», chantait l’un de leurs poètes. Ils doivent rechercher les causes de leur déclin d’abord en eux-mêmes, au lieu d’en accuser toujours les autres.

 

Saïd Baïlal 

08:55 Publié dans Etat des lieux | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, politique

01.09.2007

les écrivains que je ne lirais jamais

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C'est la rentrée littéraire en France. Cette année, les éditeurs nous proposent pas moins de 727 ouvrages. Certains remporteront des prix, et la plupart seront noyés dans la masse.

Durant des semaines, des écrivains accorderont des interviews à la presse et à la radio. Ils sillonneront les villes de province pour parler de leurs livres et de leurs vies, dans les Fnac et chez d'autres marchands de livres. Ils envahiront les plateaux télévisuels, on les verra aux journaux TV, dans les rares émissions encore consacrées à la littérature, ils joueront même aux clowns dans des émissions de divertissment.

 

Un écrivain qui se complait dans la banalité ambiante peut-il encore faire oeuvre ?

Je viens de relire pour la énième fois "Le Temps des erreurs" du feu Mohamed Choukri, le poète aux pieds nus, celui pour qui l'écriture est une protestation non une parade. Il avait de la classe celui-là. Je me suis attardé sur l'extrait suivant :

 

Je remarque un homme élégant, visiblement respecté par les clients du café, et souvent entouré de gens fringants aux airs solennels. Je demande à un homme assis près de moi de qui il s'agit.

- Vous ne le connaissez pas, c'est l'écrivain Mohammed Essabagh.

- Qu'est-ce qu'il écrit ?

- Des poèmes en prose.

J'achète ses livres : La Soif blessée, , L'arbre de feu, La Lune et moi. ces derniers sont traduits en espagnol. Je les lis et je me dis que s'il faut écrire ça pour être entouré de tant de déférence, alors je peux le faire moi aussi. Et même mieux. L'écriture est un privilège ! Je croyais que l'Ecrivain ne se montrait jamais en public, qu'il ne parlait pas avec les gens, comme Mohammed Essabagh dans ce café. Pour moi l'écrivain était mort ou invisible.

 

Je ne sais pas pourquoi cet extrait m'a fait penser à la rentrée littéraire ?

En tout cas je suis sûr d'une chose, j'aime lire et relire les écrivains absents.

 

 Saïd Bailal

 

Les Tableau est de Mahi Binebine, peintre et écrivain Marocain

23:00 Publié dans Etat des lieux | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, culture