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  • L'entre-deux

    "Le poisson pense que l’espace entre les gouttes de pluie est mortel"

    Parviz Chapour, poète iranien.

     

    "L'aptitude au bonheur

    touche à cette capacité à percevoir

    pendant l'averse

    l'espace libre laissé entre les gouttes d'eau"

    Luc Comeau-Montasse

     

    "Fish and Scales" : gravure de M.C. ESCHER

    medium_fish_and_scales.3.gif

    L'entre deux

    cet espace où s'anihilent tous les lieux,

    espace où s'originent tous les repères.

     

    Lieu du tiers inclus, où le A et le non-A se tendent la main,

    où la lumière ne renvoie plus l'ombre à sa honte.

     

    L'entre-deux

    Chemin möbiutique  où l'on passe d'un bord à l'autre sans quitter ni l'un ni l'autre.

    Ce lieu où s'épanouit la pensée hybride et décalée.

    ce lieu de tous les lieux, où on peut être là en même temps que l'autre,

    ailleurs en même temps qu'ici,

    ouverture où le "Je" est un ensemble inombrable d'autres.

     

    L'entre-deux

    lieu de tous les risques mais aussi de tous les espoirs,

    le poisson qui s'y aventure doit inventer, pour s'épanouir,

    de nouvelles manières de respirer sinon il risque l'asphyxie.

    © Saïd Bailal

  • Probabilités

    "Pourquoi ne croit-on pas qu'un nombre infini de lettres grecques versées au milieu de la place seraient pour arriver à la contexture de l'Iliade ? » Montaigne, Tome II, Essais.

     

     

    Certains événements sont tellement rares que lorsqu’ils surviennent ils sont la cause de beaucoup de désordre. Ils sont souvent considérés comme des accidents parce qu’ils sont inexplicables ou bien parce qu’ils dérangent l’ordre apparent des choses. La probabilité de tels évènements n’est pas égale à zéro même si elle peut être très faible.

     

    medium_singes.jpg

    Parmi ces événements on peut citer le fameux exemple : "un singe qui tape au hasard sur le clavier d’une machine à écrire pourra presque sûrement écrire tous les livres de la Bibliothèque nationale de France".

     

    La probabilité d’un tel évènement, d’après un théorème du mathématicien Emile Borel, est infime mais elle existe. Cet évènement peut très bien se réaliser. Ses conséquences doivent être catastrophiques.

     

    Par exemple, Il nous faudra revoir toute notre conception de la littérature. Fini la vénération qu’on accorde à nos grandes figures littéraires. Adieu les prix littéraires, à quoi bon décerner un prix à une œuvre qu’un simple bonobo est capable d’obtenir en tapant maladroitement et au hasard sur une machine à écrire. Les écrivains qui croient être en possession d’un talent inégal risquent de sombrer dans le désespoir.

     

    Et puis imaginons que notre singe finit par à écrire la Bible, le Coran ou le Mahābhārata; quelle serait alors la réaction des religieux qui vénèrent la lettre de leur livre sacré au détriment de son esprit ?

    Vont-ils vénérer le singe en le prenant pour Dieu ou un prophète ? Ou bien lanceront-ils des fatwas contre lui pour blasphème ?

     

     

  • L'individu foule

    "Chaque fois que je me suis cherché,

    J'ai trouvé les autres

    Et à chaque fois que j'ai cherché les autres,

    Je n'ai trouvé en eux que mon être étranger.

    Serais-je l'individu-foules ?" 

    Mahmoud Darwich   murale

     

    "Chacun de nous est une foule, même si, avec le temps, on préfère le simplifier jusqu'à la pauvreté d'une sigularité. L'obligation d'être des individus, de répondre à un nom et à un seul, habitue la variété des personnes qui s'entassent en chacun de nous à rester silencieuse. Ecrire aide à les retrouver"

    Eri de Luca    Rez-de-chaussée

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    Chacun de nous est le produit d'un passé collectif, familial, culturel, national ou religieux. Mais ce passé ne cesse de s'élargir grâce à la coexistence sur le même sol de plusieurs cultures et à la simultanéité des discours rendues possible par la modernité.

     

    Nos relations avec les autres nous changent constamment. On sort rarement indemne d'une vraie rencontre, d'autant plus qu'on a actuellement plus de possibilités de rencontrer des personnes de divers horizons culturels avec des regards différents sur le monde et ayant d'autres manières de donner sens aux évènements et aux choses.

     

    Ces élargissments de notre passé et de nos rencontres boulversent les identités. L'identité ne peut plus être conçue comme un bloc homogène de valeurs sûres et de shémas d'identification figés.

     

    Or l'identité figée et "prêt à porter" offre une sécurité psychique qui est séduisante. Il n'est pas facile de vivre cette aventure d'une identité en constante mouvement, parce cela nécessite une perpétuelle remise en question de soi et un souci de détachement de tout pesanteur collectif. C'est une insécurité psychique et une aventure existentielle qui est difficile à assumer. Les soubresauts qui secouent notre planète depuis quelques décennies en sont la preuve, ils peuvent être vus sous l'angle d'une crise et d'un désarroi identitaires.

     

    medium_rhizom3i.6.jpgEn ce qui me concerne je préfère cette insécurité. Elle est garante de ma liberté, elle rend aussi mes relations plus sereines à la fois avec avec mon passé et mes origines.

    Mes origines ne me conditionnent plus, je les porte en moi avec plus de lucidité et paradoxalement plus de tendresse. Cela me permet aussi de mieux reconnaître d'autres racines qui me rattachent aux autres. Ce qui multiplie mes rencontres et par conséquent m'offre encore plus de possibilités d'être.

    © Saïd Bailal